Démences foncières

Submitted by admin on Sun, 2006-07-16 11:06.

De plus en plus hors de prix, de plus en plus privés sur des superficies de plus en plus étendues, de plus en plus contrôlés (SAFER*, notaires et tout le tralalère), de plus en plus intensivement surexploités, de plus en plus lessivés et pourris ; bref, pour résumer simplement une situation qui ne l'est pas, c'est de moins en moins réalisable de trouver des terrains libres où s'installer.

Persévérance, chance, rigueur, recherche poussée, motivation, réflexion stratégique... Entraide, solidarité, illégalité, lutte, rapport de force...

Dans ce monde marchand, le désir d'acquérir un terrain pour y mener des activités non commerciales, plutôt dans une logique de vie qui tend à l'autonomie pour la survie quotidienne, à l'auto-réalisation de savoirs (-faires) qui parfois se perdent, à la débrouille en opposition à la spécialisation, est un rêve, un projet de plus en plus compliqué à mettre en place.

De nombreux obstacles sont à franchir.

Le système capitaliste dans lequel nous évoluons (ou plutôt régressons) impose des modes de vie et des rapports de dépendance tellement aliénants, abrutissants et névrosés qu'il est concrètement difficile d'en réchapper seul-e : le cadre collectif est un échappatoire, il ouvre des perspectives et enrichit d'échanges d'expériences et de réflexions, divers questionnements et problématiques ; il permet de trouver des solutions collectives.

En terme d'accès à la terre, il n'existe pas 10000 alternatives. Soit c'est l'occupation ou la réappropriation d'espace, soit c'est la propriété, qu'elle soit portée par une association, une SCI (société civile immobilière), un GFA (groupement foncier agricole)... ; il existe plusieurs formes juridiques dans le cas d'achat collectif un peu moins pire que le seul nom d'une personne.

Et la propriété d'usage... Tellement peu évoquée... Mais tellement plus cohérente avec la volonté de mettre en avant des pratiques en rupture avec cette "société industrielle et son avenir". Ce qui importe, c'est ce qu'on y fait, comment on le fait et pourquoi. D'ailleurs, la propriété d'usage sur un terrain à la campagne dans un but
d'autonomisation est indissociable, à mon sens, d'une ouverture du projet sur l'extérieur, d'une attitude de confrontation avec les pouvoirs en place et donc forcément d'actions de destruction de structures et rouages du système capitaliste répressif robotaumatisé qui nous entoure.

Pourquoi devoir se vendre dès la naissance ? Pourquoi devoir acheter pour vivre ?

La réappropriation de l'espace est une réaction logique à comment nous sommes dépossédées de nos vies et moyens d'existences et de subsistances dès que nous arrivons sur cette planète. Ce n'est pas une pratique très courante en Europe que se réapproprier des terres, mais dans divers autres points du monde, c'est une lutte politique et de survie plus répandue. Au Chiapas (Mexique) par exemple, plusieurs villages communautaires se sont ainsi organisés sur des terres de l'état, et produisent leur propres besoins alimentaires, réinventent leur propre école, leurs propres médias (vidéos de promédios)... En France par exemple, le squat existe surtout en ville, mais diverses expériences d'occupation existent aussi à la campagne (dans les Cévennes, en Ariège, sur le plateau des Millevaches dans la Creuse...), et certaines depuis des années, parfois même tolérées par des mairies pas si débiles.

C'est pas simple, mais ça devient assez urgent pour pas mal de gens en France de s'installer à la campagne ; et vu la spéculation foncière, la raréfaction exponentielle des terres, et la répression croissante dans ce climat sécuritaire terrifiant, on peut dire que c'est pas du gâteau...

Alors dans ces conditions, partager nos expériences, nos recherches et nos désirs nous encourage à continuer et peut permettre de trouver toujours et encore de nouvelles idées pour faciliter la réalisation de nos vies et de
nos utopies les plus folles.

* la safer (société d'aménagement foncier et d'établissement rural) est un organisme d'état présent dans chaque région/département spécialisé dans l'achat, la vente et la gestion de propriétés rurales. Elle possède les droits de préemption et de rétrocession ; et peut ainsi décider à qui et à combien "céder" le terrain ; c'est à dire par exemple à l'un de ses membres comme le gros exploitant du coin.
Voici quelques infos supplémentaires trouvées sur google :
La Safer

J'ai peu poussé les recherche car ce qui suit en dit déjà long sur les pratiques mafieuses de cette société :

"Préempter les terres, les exploiter, les découper, les distribuer sont l'apanage de nos SAFER pour le malheur du monde agricole et rural. Ces "SAFER", agissent parfois comme si elles n'étaient soumises à aucun contrôle. L'état leur a délégué des pouvoirs très importants, quasiment le pouvoir de rendre la justice entre plusieurs demandeurs."

"200.000 dossiers de ventes de propriétés rurales sont soumis chaque année aux enquêteurs des SAFER. Leur pouvoir absolu est redouté et donne lieu à d'innombrables conflits et à de trop nombreux passe droits."

"Vendre une terre agricole à votre voisin agriculteur ? Impossible sans le signaler à la SAFER de votre région. Si votre terre l'intéresse, la SAFER peut préempter votre bien et le vendre à un prix imposé puisque, a contrario de l'abolition du contrôle des prix, la SAFER peut fixer le prix de votre terre selon ses propres barèmes et, de surcroît, choisir l'acheteur qui lui convient."

"Les agriculteurs ? Lesquels, puisque l'arbitraire dans le choix de l'acquéreur est total ! On chuchote que les responsables de SAFER ne sont pas rares à avoir doublé, triplé voire quadruplé la surface de leurs exploitations. Yves Censi, député de l'Aveyron, expert en questions rurales, n'hésite pas à affirmer : "Ce qui manque aux SAFER, c'est la transparence"."

"Ces sociétés ont un but non-lucratif, mais "conserver par-devers soi le montant de la plus-value apportée à un terrain préempté constitue une opération difficilement conciliable avec le but non-lucratif d'un organisme comme une SAFER. Fort étonnamment, l'état continue à déléguer son pouvoir aux sociétés privées que sont les SAFER. L'état fait même plus : ses subventions aux SAFER, sont de 7,5 millions d'euros par an et les SAFER ne sont pas soumises aux taxes sur les transactions, l'équivalent pour les SAFER de 50 millions d'euros d'économie par an. Sans parler des subventions européennes dans le cadre du Développement rural national de 6 millions d'euros par an."